Alexandre Moatti : "Les transhumanistes croient réellement en la puissance infinie de l'Homme"

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Centenaire, la mythologie transhumaniste a enrôlé, parfois en les déformant, les découvertes successives de la biologie ou de la robotique. Interview d'Alexandre Moatti, historien des sciences, chercheur associé à l'université Paris-Diderot.
Cet article est issu du magazine "Les Indispensables" de Sciences et Avenir n°202, "L'infini", disponible en kiosque jusqu'en octobre 2020.

Sciences et Avenir : Votre dernier ouvrage s'intéresse aux racines du transhumanisme, dans les années 1930 à 1980. Que s'est-il joué alors ?

Alexandre Moatti : En réalité, l'Homme nouveau qu'appelle le transhumanisme puise ses origines dans des mythes plus anciens. La légende du Golem, cet Homme d'argile amené à la vie par magie, en est l'illustration. Mais dans les années 1920-1930, la diffusion plus large du darwinisme, une meilleure connaissance de la préhistoire et la place grandissante des machines font émerger des réflexions, notamment en France, sur l'Homme du futur. Si Dante, dès le 14e siècle, avait créé dans sa Divine Comédie le verbe trasumanar (l'Homme s'élevant de sa condition pour aller à la rencontre de Dieu), c'est en 1937 que le terme transhumanisme apparaît, sous la plume de l'ingénieur Jean Coutrot. Il est repris à partir de 1951 par le biologiste britannique Julian Huxley dont le frère Aldous, auteur du Meilleur des mondes, était un ami de ce polytechnicien.

Alexandre Moatti, historien des sciences, chercheur associé à l'université Paris-Diderot.

Un "darwinisme culturel" se répand en France à cette époque, selon vous. Comment le définissez-vous ?

Ce darwinisme-là n'a plus grand-chose à voir avec la…
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