Elisabeth Badinter : son cri d'alarme, un an après la décapitation de Samuel Paty

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La philosophe constate que, concernant la défense de la laïcité, l'envie d'éviter les conflits conduit à un affaissement de nos réactions collectives. Le "oui mais" règne...
Il y a un an, la décapitation de Samuel Paty à la sortie de son collège suscitait une émotion inédite dans le pays, et les laïques espéraient un sursaut. Mais Elisabeth Badinter le constate avec angoisse : la peur s'est installée dans beaucoup de salles de classe et, par souci "d'éviter les conflits", il y a comme un affaissement dans nos réactions. Alors que les plus jeunes sont de moins en moins convaincus par les principes de laïcité, elle en appelle aux parents : "L'avenir de vos enfants en dépend." L'intellectuelle s'exprime aussi sur le discours "d'extrême-droite" d'Eric Zemmour. Selon elle, "la responsabilité des politiques" face à l'islamisme est "immense". Entretien.

L'Express : Il y a un an, la décapitation de Samuel Paty provoquait une émotion particulièrement intense dans le pays. On a eu le sentiment - pardon de l'expression - que ce n'était pas "un attentat comme un autre". Comment l'expliquez-vous ?

Elisabeth Badinter : La première raison tient au mode très particulier de l'attaque, la décapitation, qui a fait horreur. On s'était débarrassé depuis quarante ans, en France, de la peine de mort ; la voilà rétablie dans nos rues : un homme a été décapité. Ce mode de tuerie a été, je pense, un choc pour tout le monde. La deuxième raison tient, bien sûr, au fait que l'on a touché à l'école républicaine. On a voulu piétiner nos valeurs essentielles, auxquelles les Français, dans leur grande majorité, sont terriblement attachés. Enfin, il y a ce que cet homme, Samuel Paty, a accompli. Il y a sa personnalité que nous avons découverte, très attachante. Je crois que la plupart de nos compatriotes ont trouvé normal qu'un professeur veuille effectuer son travail en expliquant à ses élèves les règles de notre République, et notamment qu'il ne saurait exister, en France, de crime de blasphème. Le fait qu'il ait proposé, avant de montrer les "caricatures", que les élèves ayant peur d'être choqués sortent au préalable - même si c'est une entorse au principe laïque…
Propos recueillis par Thomas Mahler et Anne Rosencher
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