[Tribune] Jordan Bardella - Ensauvagement de la société française : sortir du déni et de la fatalité

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Thomas, 23 ans, poignardé à mort à Sarcelles pour une raison encore mystérieuse et probablement futile. Philippe, chauffeur de bus lynché à mort à Bayonne pour avoir fait une remarque à des passagers. Mélanie, jeune gendarme et judokate de 25 ans, fauchée par un délinquant au casier judiciaire déjà chargé. Axelle, renversée et traînée sur plusieurs centaines de mètres par un conducteur qui venait d'écraser son chien.
À Toulouse, pour avoir simplement demandé à un groupe de faire moins de bruit dans sa rue, un homme de 44 ans est tabassé à coups de pied de biche et s'en sort avec de multiples fractures et traumatismes graves.

Cette ultra-violence devient structurelle et s'installe progressivement dans le quotidien des Français

Ce début d'été est marqué par une succession de meurtres et d'agressions ultra-violentes dont l'horreur est inversement proportionnelle à l'absurdité et à la futilité de leurs motifs. Loin de n'être qu'une effrayante « loi des séries estivale », cette ultra-violence devient structurelle et s'installe progressivement dans notre pays, et surtout dans le quotidien des Français.

Au-delà de ces quelques cas plus médiatisés, des milliers d'autres ont lieu à bas bruit, partout sur le territoire. Les chiffres 2019 de la délinquance, et notamment des violences, sont terrifiants. Une violence dite "gratuite" a lieu toutes les 44 secondes en France. Selon un sondage Odoxa qui vient d'être publié, 68% des Français se sentent régulièrement en insécurité, un record absolu.

Si ces vies fauchées et ces familles endeuillées par l'ultra-violence suscitent régulièrement l'indignation sur les réseaux sociaux, force est de constater que notre société s'est progressivement habituée à de tels drames. La "fenêtre d'Overton" de la criminalité en France s'est considérablement ouverte ces dernières années. Ce qui il y a encore peu aurait fait la "une" de l'actualité médiatique et politique pendant plusieurs semaines n'est désormais, au mieux, qu'évoqué brièvement par la presse nationale et ne provoque qu'épisodiquement le tweet de condamnation d'un ministre ou un furtif déplacement sur les lieux, sourcils froncés devant les caméras ; et la France est sommée de passer à autre chose.

Les Français ont intégré ce risque et cette pression permanente, en tiennent compte dans leur vie quotidienne, avec des « stratégies d'évitement », géographiques et sociales, devenues des habitudes…
Jordan Bardella
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